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Strasbourg, la façade monumentale du cinéma Vox. Cinéma Paradisio !

A Cannes, ce soir, le cinéma est en fête.

Ritz, Broglie, Arcades, Caméo, Ciné Train, Eldorado, Olympia, Cinébref, Cinéac, UT, Capitole, Ariel, ABC, Palace, Club, Studio Kléber, Méliès, Vauban, Scala et j’en oublie sans doute… Tous ces noms n’évoquent plus rien aux strasbourgeois d’aujourd’hui. C’étaient les noms des nombreuses salles de cinéma dont la ville était parsemée jusqu’à la fin des années soixante-dix. Dans un premier temps, les petites salles ont fermé, pendant que les plus importantes se mettaient au multi-salles, et puis peu à peu même les plus grandes ont mis la clé sous le paillasson ne pouvant plus faire face à la désaffection du public pour cause de télévision.

La dernière à avoir tiré son épingle du jeu est le Vox, jadis immense salle luxueuse avec balcon et bar, devenu maintenant un multiplex du réseau Pathé. Au centre-ville de Strasbourg il ne reste plus que quatre salles, le Vox, l’Odyssée, le Star, et le Star-Saint-Exupéry.

Chaque fois que je passe devant le Vox, je ne peux m’empêcher de penser à l’époque où, grâce à la bienveillance de son directeur, j’ai pu y voir gratuitement tous les films de «première exclusivité» dès leur sortie à Strasbourg, c’est à dire plusieurs semaines après Paris.
Une séance de ciné, à cette époque, c’était tout un cérémonial : on entrait dans la salle dans une semi-pénombre. Le rideau publicitaire fluorescent une fois remonté venait le documentaire puis les actualités cinématographiques de la semaine et enfin la publicité pour le prochain spectacle. Après l’entracte, pendant lequel je dégustais invariablement un cône glacé commençait enfin le «grand film». Parfois, le projectionniste m’ouvrait la porte de sa cabine et m’expliquait le fonctionnement des projecteurs, me laissant actionner la montée du rideau et l’extinction des lumières, m’expliquant la combustion des charbons et le collage de la pellicule… Cinéma Paradisio ! C’est ainsi que j’ai commencé à m’intéresser au cinéma, surtout dans ses aspects historiques et techniques et qu’au collège je suis devenu l’opérateur attitré de certains profs d’histoire-géo et de sciences naturelles qui me débauchaient volontiers pendant les heures de permanence pour assurer les projections de documentaires.

Je ne vais plus au cinéma. Ecœuré par les petites salles inconfortables où l’on devient claustrophobe, les files d’attente dans le froid et sous la pluie, les mangeurs de pop-corn, les sonneries de portable et le prix du ticket prohibitif…